Mode

Florence Mascia

Professeure d’atelier, concepteur stylistique et plasticienne

 

… « A dix ans, je veux porter mon kimono de judo hors du Dojo… Je suis intriguée par ce que ce vêtement a déclenché en moi; une gestuelle, une attitude, un état modifié invisible mais que je souhaite prolonger au quotidien. J’ai l’intuition que cet espace/surface des tatamis est le même que les feuilles blanches que je noirci de dessins… Le corps, le pinceau, le kimono sont un et s’animent du même souffle. »
Des esquisses, j’en fais tout le temps, tous les jours. Si je parle à un étudiant je dessine en même temps. C’est pareil quand je dois résoudre un problème…Cela se fait en dessinant.

Quelle est ton expérience ?

Un Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique (DNSEP), option communication clôture cinq années d’études aux Beaux-arts et Arts Appliqués de Toulouse : une thèse finalise une recherche autour d’une problématique « Le kimono trait d’union entre l’Orient et l’Occident » rien à voir avec la pub, je trace ma propre voie.

Ce dossier favorisera des rencontres, des expériences déterminantes et un parcours jalonné d’étapes à travers plusieurs continents, Paris, Hong-Kong, les Etats-Unis comme styliste où j’aborde différents secteurs de l’habillement, différentes cultures d’entreprises et leur marché respectif.

De nombreux voyages à travers l’Asie étanchent une inclination pour les étoffes rares, une fascination pour les tribus des minorités ethniques, dont les costumes parures véhiculent les vestiges de cultures authentiques ancestrales. Je m’extasie devant les objets, les outils du quotidien façonnés par l’intelligence de la main, traces encore perceptibles de l’intimité de l’homme avec la nature.

De retour en France, je poursuis une formation textile, tissage, en technologie des matériaux et travaille comme consultante chez Cacharel puis dans le prêt-à porter haut-de gamme. C ‘est auprès de la maison Kenzo que je retrouve la résonance du métissage « ADN » avec la culture japonaise pendant sept ans. Désignée comme styliste responsable de la première ligne « Kenzo Paris » je m’implique à tous les stades de la création de la collection, tout en assurant la supervision et la formation de l’équipe du style. Les arcanes de la marque se dissolvent dans le système du groupe LVMH et les collaborations successives avec divers directeurs artistiques se multiplient après le départ de Kenzo Takada et ses fidèles collaborateurs, la magie a disparu.

Sollicitée par le monde du spectacle pour mon approche du métissage, je réalise pour une formation une série de costumes mixant kimono japonais, basins africains et robe années cinquante. L’esthétique de mon travail visuel chez Kenzo séduit le magasine japonais «Phat Photo » qui fait paraître pendant un an une série d’illustrations mettant en valeur l’interaction de plusieurs traitements graphiques.

Je conçois un laboratoire d’idées/ressources/visuels en indépendant et travaille auprès de diverses maisons de prêt à porter en France et en Belgique en poursuivant la mise en place de concept EX-NIHILO pièces uniques, issues d’une collecte d’éléments textiles chinés, CHAMAN CHIC, initiant une démarche plus artistique.

Je suis invité à participer à l’exposition « SLOW » au Z33 où je présente deux installations.

Comment en es-tu arrivé à travailler à Saint-Luc Tournai ?

Une rencontre avec l’artiste Marina Yee m’incitant à postuler dans l’option mode.

Qu’aimes-tu le plus dans ton job ?

J’observe beaucoup les réactions des étudiants dés leur entrée dans l’atelier, découvrant un processus créatif, se révélant à eux-mêmes au détour d’une expérimentation s’enthousiasmant ou se bloquant, en lutte, inquiet. Ce processus qui demande un investissement total de l’attention, de l’intention, de sensation, de perception, de réflexion, de déductions, d’appréciation, d’intuition.
Montrer que les chemins possibles sont divers et variés si l’on pousse ses barrières et ses préjugés, les rassurer face au grand changement qui s’opère en eux. Ils ne seront plus les mêmes au terme de la première année. Il s’agira là de développer un état d’esprit créatif plutôt qu’un style.

Que préfères-tu à Saint-Luc ?

La proximité de la nature, son parc est à la fois une source d’idée et une source méditative.

Qui ou quoi est ta plus grande source d’inspiration ?

Toute émanation formelle de la nature, ses systèmes, ses phénomènes et sa perspective d’origination codépendante. La calligraphie japonaise Kanji que je pratique aujourd’hui.

Quels conseils donnerais-tu aux nouveaux étudiants ?

Oubliez votre notion de la beauté et ne pensez pas réaliser la robe de vos rêves.